Quel est votre parcours ?
J'ai toujours voulu dans la vie faire les choses à ma façon
probablement pour garder l'illusion que j'étais capable de rester
indépendant sur cette planète... J'ai essayé la
guitare classique pour en comprendre le jeu en reproduisant le concept
musical du compositeur et cela ne m'a donné que peu de liberté notamment
en termes d'interprétation. Cet aspect fut trop contraignant
pour me permettre d'exploiter l'abondance des idées musicales
que je portais en moi bien qu'étant capable de me référer
musicalement de manière libre au large spectre des phénomènes
que j'apprécie tout particulièrement dans la musique.
Par ailleurs, j'ai toujours été envahi par le stress à l'idée
de devoir faire les choses exactement comme elles étaient planifiées.
En ce sens, le Jazz fut un choix évident. Mon aventure en tant
que musicien de jazz commença avec les standards. J'ai rejoins
une formation en me proposant comme chanteur. Chanter "l'idiome" jazz
me sembla naturel au point que l'étape suivante fut d'entrer
au conservatoire. C'est là que j'ai finalement appris ce que
je n'aimais pas dans la musique, en particulier son aspect technique,
c'est-à-dire, moi obéissant aux impératifs techniques
avec les conséquences que cela peut avoir sur le flux de la
musique. Durant cette période, j'ai rencontré de grand
musiciens dont certains travaillent sur mes projets. Des années
après mon diplôme au conservatoire j'ai évité de
chanter étant incapable de trouver d'y trouver du plaisir. J'ai
eu besoin d'une forme de "désintoxication" et je l'ai
faite en réfléchissant au medium musical qui me correspondait
le mieux en tentant de me définir mentalement, physiquement
et spirituellement. Depuis, faire de la musique est quelque chose de
très personnel sans recette prête à l'emploi.
Quelles musiques vous ont influencé ?
J'ai toujours aimé la musique. Enfant, encore innocent, j'aurais
chanté tout ce qui arrivait à mes oreilles (chants des
soldats communistes, rock polonais, poésie, sea songs, chants
scouts, disco...). Je me souviens n'avoir pas été particulièrement
attiré par le jazz étant enfant. Mais c'est le cas de
bien des enfants. Je me demandais ce qu'était cette musique
lorsque j'écoutais sporadiquement la radio nationale polonaise.
Elle me semblait totalement abstraite et je ne pouvais évidemment
pas la qualifier ainsi à l'époque. Elle me paraissait étrange.
Et même froide à cause du niveau d'incompréhension
lié au fait que le langage jazz est est trop éloigné de
l'esprit intuitif de l'enfant. Mais la clé permettant l'ouverture
au jazz fut trouvée dans mon besoin de nouveauté. Je
l'ai simplement laissé venir à moi pour l'explorer à l'aune
de la musique que je connaissais alors. Elle devint alors transparente
et évidente. J'avais besoin de neuf et le langage jazz paraissait
en avance et me semblait délicatement complexe. Je pris beaucoup
de plaisir à l'écoute de toutes sortes de musiciens
en commençant par les instrumentistes pour voir une image plus
large en émerger. Mon premier choix se porta sur la guitare
jazz. Puis vinrent les chanteurs. Ceux "dont je viens" sont
nombreux : Carmen Mcrae, Cassandra Wilson, Bobby Mc Ferrin, Billie
Holliday, Frank Sinatra, Dianna Krall, Kurt Elling, Joe Williams, Dianne
Reeves, Patricia Barber, Mark Murphy, Ella Fitzgerald, Etta Jones,
Betty Carter, Chet Baker et d'autres encore dont certains grands chanteurs
polonais qui me fascinaient. Je n'étiquette pas la musique mais
j'en distingue deux catégories : bon ou mauvais...
Quels sont vos projets ?
J'ai commencé avec un quintet classique (piano, sax, contrebasse,
batterie, voix) en jouant des standards que j'ai moi-même arrangés.
Puis j'ai utilisé le même type de formation pour jouer
mes propres compositions en polonais. Depuis que j'ai eu la possibilité de
chanter en club à New York et à Chicago j'ai revu mon
jugement concernant le fait de chanter en anglais pour un public polonais.
C'est pourquoi j'ai décidé d'utiliser les éléments
du jazz dont je suis familier et de les mêler avec les textes
en polonais que j'ai écrits. J'ai pu alors me rapprocher des
auditeurs sans condamner l'incompréhension de certains, incompréhension
relative à la confrontation à une langue étrangère.
Aujourd'hui, je reviens aux standards américains et à la
langue anglaise dans la mesure ou elle est devenue la "langue
officielle" des populations de l'Est. L'anglais est simplement
parlé partout.
Je joue maintenant dans ce que j'appelle un "voix violoncelle
quintet", formation dont le coeur est le duo violoncelle-voix.
C'en est la force principale. Certaines compositions ont d'ailleurs été écrites
pour le violoncelle et la voix. J'y ai ensuite ajouté les autres
instruments, l'interaction musicale permettant d'enrichir cet acte
premier. Le violoncelle apporte quelque chose de tout à fait
original. J'ai donc décidé de l'utiliser sur la base
de mes albums existants en y ajoutant de nouveaux morceaux prévus
pour un projet à venir dès l'année prochain.